silent_house

Titre original : La Casa Muda

Réalisateur : Gustavo Hernandez

Avec : Florence Colucci, Gustavo Alonso, Abel Tripaldi, Maria Salazar et c'est tout.

Sortie cinéma : 16 mars 2011

 

Sous ses airs de petit film d'horreur indépendant comme il en sort des dizaines chaque année, La Casa Muda réussit assez brillamment à se distinguer. D'abord par sa virtuosité technique, car il consiste en un seul plan-séquence d'1h28, filmé à l'aide d'un appareil photo. Et le résultat est impressionnant, le "caméraman" recourant à des ruses qui pour la néophyte que je suis ont l'allure de tour de passe-passe : il passe de l'intérieur à l'extérieur de voitures sans ouvrir la porte, suis l'héroïne qui court à perdre haleine sans tressaillir et passe en caméra subjective avec une subtilité incroyable. Sans compter la précision que demande le fait de tout filmer en une seule prise, précision qui se ressent dans le film par des placements ingénieux et des jeux de miroirs maîtrisés. Rien que pour ça, le film vaut la peine d'être vu.

L'histoire est simple : une jeune fille, Laura, s'installe dans une maison à la campagne avec son père, sur la demande du propriétaire, un ami de celui-ci, qui veut la retaper avant de la vendre. Au milieu de la nuit, un bruit réveille Laura, qui envoie son père regarder ce qui se passe. Et c'est le début de l'angoisse.

La caméra ne quitte pas Laura une seule seconde ; une bonne partie du film se passe donc à la regarder fouiller dans tous les recoins de la maison en espérant trouver l'intrus, ce qui pourrait vite lasser. Et pourtant, ça fonctionne. La lumière, les décors de la maison et le jeu de l'actrice contribuent à instiller un climat de tension continue, qui culmine lors de certaines scènes (dont une en particulier, où l'héroïne doit éclairer la pièce où elle se trouve à l'aide de la lumière émise par un appareil à Polaroïds, et dont Madame Colette pourrait vous parler mieux que moi puisque j'ai lâchement fermé les yeux). Et puis il y a la fin, qui fait revenir le spectateur sur tout ce qu'il croyait savoir et constitue une réflexion diantrement intéressante (oui, rien que ça) sur la subjectivité.

Attention ! Le texte qui suit contient des spoilers, il sera donc écrit en blanc. Qui n'a pas vu le film lira à ses risques et périls !
Donc, alors qu'on approche du dénouement, on apprend que c'est Laura, cette Laura même que nous suivions depuis le début du film, qui est responsable de la mort de son père (et du propriétaire de la maison). On comprend alors qu'on à eu affaire à un narrateur peu fiable, qui nous a allégrement manipulé tout au long du film. Et comme le montre la dernière scène, au milieu du générique de fin, Laura elle-même est trompée par ses hallucinations qui lui font croire que sa fille est toujours en vie.
Alors bien sûr, ce traitement de la subjectivité du narrateur n'est pas original, mais il est facile de pardonner à un film qui montre un tel savoir-faire dans son exécution un peu de recyclage et l'expédition de son intrigue durant les dix dernières minutes. A voir.