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Réalisateur : Gus Van Sant

Avec : River Phoenix, Keanu Reeves, James Russo et bien d'autres.

Sortie cinéma : 15 janvier 1992

 

 Mike (River Phoenix) est un jeune homme qui vit dans les rues de Portland, Oregon. Pour gagner sa vie, il vend son corps au coin de la rue. Mike est aussi narcoleptique, ce qui lui cause de tomber endormi dès qu'il est sous l'effet du stress. Mike n'a donc pas beaucoup de chance dans la vie, et pas beaucoup d'opportunités pour que ça s'arrange, mais pourtant quand on suit son histoire, on se prend à espérer que Gus Van Sant inverse la loi des probabilités et donne une fin heureuse à Mike.

My Own Private Idaho est un film grâcieux, ce qui étant donné le sujet n'était pas gagné. Il y a des moments poétiques, il y a des moments triviaux, mais tout s'accorde dans une harmonie dont honnêtement je ne pensais pas Gus Van Sant capable au vu des quelques films que j'avais déjà vus de lui. Contrairement à ce que le titre laisse penser, seule une infime partie du film se déroule en Idaho. Le reste se partage entre Portland et Rome. Mais c'est l'Idaho qui offre les plus beaux plans, sur la route qui, pense Mike, fait le tour de la Terre. Les mouvements accélérés des nuages ont un rendu magnifique. Les couleurs ultra-vives des panneaux de titre qui interrompent le film à plusieurs reprises paraissent déplacées au premier abord, car les couleurs du film sont délavées et poussièreuses. Mais en y réfléchissant, elles s'intègrent parfaitement bien dans ce besoin d'exhubérance dont les personnages (surtout Scott, du moins au début) se revendiquent.

L'injustice et l'amertume sont peut-être les sentiments phares de My Own Private Idaho, mais le film n'exclue pas certains moments de (rare) tendresse ou d'humour, comme cette scène où les photos des garçons en couvertures de magazines érotiques se s'interpellent l'une l'autre, rappelant certaines trouvailles de l'Arizona Dream de Kusturica, sorti la même année. Les deux films se ressemblent dans leur atmosphère.

C'est aussi un film à côté duquel il est facile de passer. Si je ne m'étais pas renseignée, toute la réécriture shakespearienne, c'est-à-dire la partie avec Scott (Keanu Reeves) et son père me serait complètement passée sous le nez. Preuve que Henry V chez les prostitués de l'Oregon, c'est un choc des cultures pas si énorme que ça. D'ailleurs Keanu Reeves, parlons-en. Il prouve ici qu'il peut être un minimum expressif quand on ne l'oblige pas à porter des lunettes noires et un costume 100% cuir, mais il se fait dépasser de loin par River Phoenix, impressionnant dans son rôle. Il suffit de la scène du feu de camp pour s'en rendre compte.

En résumé, un film qui me donne envie de m'intéresser de plus près à son réalisateur (qui semble par ailleurs avoir de très bon goûts musicaux puisque le titre du film est tiré de la chanson éponyme des B-52's).