tetro

 

Réalisateur : Francis Ford Coppola

Acteurs : Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdu, Klaus Maria Brandauer, Carmen Maura, Rodrigo De la Serna et bien d’autres…

Date de sortie : le 14 aout 2009

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2009

L’histoire : Bennie est un jeune homme de 17 ans qui travaille sur un bateau de croisière. Il profite d’une escale à Buenos Aires pour tenter de renouer avec son frère ainé Tetro. Ce dernier avait coupé les ponts d’avec sa famille et plus particulièrement avec son père, plusieurs années auparavant. Bennie s’attache de plus en plus à Tetro, le poussant à lever le voile sur les mystères de leur famille.

C’est une histoire très touchante, marquée par un noir et blanc magnifique. Elle est douloureuse et d’une grande tritesse et montre les liens inexorables qui se tissent au sein d’une famille. C’est que le père Coppola est très porté famille ! Tetro est un film très riche en images poétiques et/ou mémorielles, il apparaît comme un des films les plus intimes du réalisateur.

Quelles sont les idées visuelles qui jalonnent le récit ?

Un très belle image ouvre le film : celle d’un homme qui regarde un papillon attiré par une ampoule électrique. Après avoir vu le film, on comprend qu'ici la lumière - qui symbolise traditionnellement la vérité et la bonté - devient symbole de mort car lié au souvenir de l’accident de voiture de Tetro et sa mère. Mais cette lumière est aussi celle du succès, de la célébrité, quelque chose d’attractif qui peut vous tuer et qu’il faut fuir. C’est l’image du papillon qui voulait approcher de trop près la lumière.

Par rapport à la lumière dans le film, les deux personnages principaux Tetro et Bennie s’opposent. La lumière trouve toute son incarnation avec le jeune Bennie, vêtu de son costume blanc de matelot. Il cherche à découvrir un secret de famille qu’on a tenté d’étouffer il y a longtemps. Il s’oppose à la noirceur de son frère. Tetro est régisseur de lumière la nuit, au théâtre. Il est le chef d’orchestre de ces pièces. C’est une sorte de métaphore, car c’est lui qui dévoilera la vérité à la fin du film. La lumière apparaît ici comme révélatrice d’un secret longtemps enfoui. Pendant une de ses pièces il clame  « En cet instant, ma lumière est la vérité. » Tetro est à la fois ombre et lumière, tout comme ses deux noms (Tetro étant un pseudonyme) : Tetro en italien signifie « ombre » et Angelo veut dire « ange ».

Dans le film il y a une opposition formelle évidente entre l’ombre, le clair-obscur du noir et blanc et les souvenirs en couleurs. Comme si la vie de Tetro s’était arrêtée dans le passé et qu’il n’était plus que l’ombre de lui même au moment où se déroule l’action. Ainsi, tout ce qui relève de l’ombre est plutôt positif. C’est pour cela qu’à la fin du film Tetro dit à Bennie de détourner le regard de la lumière, c’est à dire de fuir ce qui a mené sa famille à sa perte : la lumière factice du succès et de la célébrité…

Subtile, à peine suggérée et pourtant traumatisme inhérent à Tetro, la relation père-fils se dessine en parallèle à l’histoire des deux frères. Elle est montrée par le biais de flashback finement entremêlés aux moments présents du récit, déclenchés par des échos de motifs visuels et sonores. C’est l’arrivée de Bennie qui enclenche cette série de souvenirs enfouis de Tetro. Ces flashback ressurgissent sous forme de séquences en couleurs, au grain vieilli et aux teintes ternes. Ils ont un rapport analogue à celui qu’entretient la mémoire avec les photos de famille. Ces souvenirs en couleurs indiquent qu’un drame a eu lieu dont nous pouvons rassembler les composantes qu’à la fin du film. Le puzzle s’assemble peu à peu alors, aidé par la soif de savoir de Bennie. Tetro voue une haine viscérale contre son père pour plusieurs raisons. Il vit dans l’ombre du père : il est écrivain mais sans œuvre, refuse le succès car c’est ce qui a été à l’origine des tensions au sein de sa famille. À la fin du film, l’oncle de Tetro s’indigne : « Qu’est ce qui est arrivé à notre famille, on s’aimait tant, qu’est ce qui s’est mis entre nous ? » Et Bennie répond : « La rivalité ». Les égos qui s’entrechoquent dans une seule et même famille c’est une question d’orgueil et de mérite aussi. Le succès est alors source de tensions. On revient aux gros plans sur les néons, ampoules qui aveuglent Tetro, sortes de métaphores visuelles du succès.

La fin du film est lyrique, très théâtrale et rajoute au film d’autres significations. Tetro gagne encore en complexité si bien qu’il est difficile de le cerner complètement après un seul visionnage. Alors chef d’œuvre ou pas ? Peut être sur-écrit, il perd en simplicité. Je dirais très bon film.