Ectac

 

Réalisateur : Diego Lerman

Acteurs : Julieta Zylberberg, Osmar Nunez, Marta Lubos et bien d’autres…

Date de sortie : 11 mai 2011

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2011


Séance avec Madame Armande : L’œil Invisible de Diego Lerman, dans un petit ciné à Paris. L’intrigue se déroule dans les années 80 en Argentine sous la dictature. On suit le quotidien d’une jeune surveillante de lycée de 23 ans. Premier plan : symétrie parfaite, rien ne dépasse. L’ordre, la droiture et la discipline sont poussés à leur paroxysme et déteignent aussi sur le cadrage des plans, réglés au millimètre. La musique  fonctionne comme un leitmotiv : répétitive et lancinante, comme pour exprimer le mal-être latent et qui, progressivement, prend toute son ampleur pour exploser à la suite de la dernière scène muette du film.

Ce film fonctionne comme un huis clos dans lequel le dehors n’a pas lieu d’être, ou du moins n‘existe quasiment pas pour l’héroïne, si bien que sa vie publique empiète sur sa vie privée. Le lycée devient une sorte d’ile fortifiée, montrée comme le dernier rempart qui se dresse contre l’ère du changement : partout ailleurs règne le chaos d’un peuple qui se soulève contre la dictature. À l’opposé les toilettes, autre lieu essentiel du film, deviennent une espèce de repère pour la jeune fille, qui peut alors se soustraire des regards – de l’œil invisible – et se laisser aller à ses pulsions les plus sécrètes.

La frustration de la jeune fille est bien traitée quoiqu’un peu tirée par les cheveux par moments. Ce film rend compte essentiellement de la solitude d’une jeune fille et avec elle une jeune génération dont la voix est étouffée par sa patrie, par ses pères. Le film centre par moments son intrigue sur la relation ambiguë entre la jeune fille et le proviseur du lycée dans lequel elle travaille. Il pourrait avoir l’âge de son père – qu’elle n’a jamais connu – et s’instaure alors un jeu dangereux entre les deux personnages. À la fois séductrice et victime, la jeune fille se fera prendre à son propre piège et révèlera à son insu le vrai visage du monstre.

Les derniers faux semblants de cette dictature tombent en morceaux avec la dernière scène dans les toilettes. Serait ce la violente métaphore d’une génération abusée, trompée par ses pères ?