13tzameti

Réalisateur : Gela Babluani

Avec : Georges Babluani, Aurélien Recoing, Augustin Legrand et quelques autres.

Sortie cinéma : 8 février 2006

 

Madame Maude a un aveu à faire : elle a de gros, gros préjugés sur les films français. Et encore plus quand ils s'exercent au film d'atmosphère et/ou au "thriller". 13 Tzameti, malgré tous ses prix et la presse avantageuse qui en avait été faite à sa sortie, s'est donc enclenché dans mon lecteur DVD (oui oui, j'utilise encore des DVD) avec un certain handicap. Hé bien la surprise fut fort agréable. C'est l'histoire de Sébastien, un jeune homme taciturne qui répare le toit d'un couple dans une petite ville près de la mer. Il entend un jour son employeur mentionner une enveloppe arrivée le matin et qui pourrait l'amener à gagner beaucoup d'argent. Mais quelques heures plus tard, il meurt d'une overdose. Sébastien décide donc de voler l'enveloppe, où il trouve une réservation à l'hotel et un billet de train, et de se faire passer pour l'homme. S'enclenche alors un jeu de piste qui le conduira dans une ferme isolée où de grosses fortunes parient sur la vie d'hommes qu'ils regardent s'entretuer à coup de roulettes russes. Le jeune homme ne peut plus s'échapper et est contraint de participer, devenant le numéro 13.

Le film est filmé en noir et blanc, et c'est un très beau noir et blanc. Toute la partie du huis-clos dans la ferme est filmée avec des jeux de lumières angoissants, une caméra mobile mais lente, et tout cela contribue à l'expérience d'une atmosphère poisseuse rythmée par les lourdes respirations des participants. Les acteurs sont étonnants et le casting particulièrement réussi : sans êtres particulièrement expressifs, ils possèdent tous une "gueule", marquée, inquiétante, qui se prête bien au scénario.

Les personnages sont tous des étrangers, dans le sens où ils restent toujours extérieurs au spectateur, ne s'expliquent ni ne se trahissent jamais. Le seul que nous suivons régulièrement c'est Sébastien, et il est très, très intéressant. Malgré le fait qu'il vive avec sa famille, il apparait comme quelqu'un de foncièrement indépendant et introverti puisqu'il prend la décision de partir remplacer son employeur sans en parler à personne autour de lui. Intelligent, aussi, la scène de l'interrogatoire en est une preuve.

Le film s'articule autour des deux frères Babluani : l'un derrière la caméra, l'autre devant. C'est quelque chose qu'on a déjà eu l'occasion de voir, mais là où ça devient intéressant, c'est que ce duo est repris en miroir par deux des personnages secondaires : l'un des frères est le parieur, l'autre le numéro. A la fin du film, on ne peut que se questionner sur cette symbolique et la façon dont elle est exploitée.

Finalement, y'a-t-il quelque chose à repprocher à 13 Tzameti ? Et bien oui, et paradoxalement non. Ce point de doute, ce sont les épreuves infligées aux candidats, qui reprennent toutes le même principe : la roulette russe. Le jeu repose donc principalement sur le hasard (ainsi que sur la vitesse de tir des participants). Et c'est peut-être parce que j'ai vu des films qui dépeignaient des méthodes bien plus horribles de faire s'entre-tuer des gens, mais j'ai trouvé qu'on y perdait un peu. Qu'à cause de cette "méthode unique", le film, malgré la gradation de la tension, n'évitait pas de se répéter. Autant Voyage au bout de l'enfer réussissait à rendre une scène de roulette russe quasi-insoutenable pour le spectateur, autant là, il faut bien la souffrance de Sébastien pour nous rappeler à quel point la scène à laquelle nous assistons est horrible. Les puristes du film d'angoisse seront peut-être déçus de ce côté là, mais le film reste d'une grande qualité et il serait dommage de passer à côté.