2009-aff-antichrist

Réalisateur : Lars Von Trier

Avec : Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe, Storm Acheche Sahlstrøm et... c'est tout.

Sortie cinéma : 3 juin 2009

 

Lars Von Trier n'est pas un cinéaste auquel j'attache beaucoup d'importance : jusqu'à récemment son rôle se limitait à faire négligemment partie de ma liste des "mecs dont il faudrait voir au moins un film mais c'est pas pressé". C'est son petit coup d'éclat à Cannes qui m'a rappelé son existence. Alors certes, regarder un film d'un type qui semble ne pas briller par son inteligence, c'était risqué,  mais j'ai relevé le défi. Erreur. Premier moment de doute en découvrant l'affiche d'Antichrist : il y a Charlotte Gainsbourg dedans. Or, Charlotte Gainsbourg, c'est ma Marion Cotillard à moi, ou mieux, ma Mélanie Laurent : je ne supporte pas. Alors après deux heures de Charlotte Gainsbourg à poil dans la forêt, je vous laisse imaginer.

La première scène commence déjà mal : Nic, le très jeune fils du couple Gainsbourg/Dafoe, échappe malencontreusement à la vigilance de ses parents (occupés à la première -mais pas la dernière- scène de sexe du film) et tombe par la fenêtre. Le tout en noir et blanc, au ralenti, avec des plans très courts à la limite de la photographie, et sur fond de musique classique. Bravo, Lars. A peine quatre minutes et déjà too much. Mas armons-nous de courage et poursuivons. Le reste du film sera le récit du deuil de cet enfant, et de la plongée dans la folie du personnage de Gainsbourg, dans le décor d'une cabane en pleine forêt subtilement baptisée "Eden". Spoiler : ça finira mal.

Le film est divisé en chapitres, qui reprennent le fil rouge du film à savoir "les trois mendiants" : "Grief", "pain" et "despair" (ça donne envie), représentés respectivement par une biche (ou était-ce un daim ?), un renard et un merle, qui influent d'une manière ou d'une autre sur le cours de l'histoire. La légende veut que lorsque les trois mendiants sont réunis, quelqu'un meurt. Pourquoi pas. Mais Lars Von Trier s'est apparemment dit que ce n'était pas encore assez mystique, et à donc rajouté dans ce mélange un brin d'ésotérisme : en effet, le personnage de Charlotte Gainsbourg est obsédé par sa thèse re&lisée des années plus tôt, qui portait sur les sorcières et la nature fondamentalement mauvaise de la femme. Au final, tout ça donne un cocktail assez indigeste. Le renard qui parle (oui oui) est hilarant, mais je doute que ça ait été fait exprès.

Moralité : il ne suffit pas de prendre deux acteurs aux traits marqués, de travailler la photographie à fond, de rajouter l'équivalent d'un poids-lourd de symbolisme et quelques scènes estampillées trash pour faire un film d'auteur. On aurait pu penser que Lars Von Trier ne se prenait pas totalement au sérieux s'il n'y avait pas ce panneau à la fin dédicaçant le fil à Andrei Tarkovski. On croirait à un gag. A la lumière de cette prétendue filiation, Antichrist ne peut apparaître que comme un ratage phénoménal.