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Le film porte bien son nom. Et l’affiche, rouge sang, exprime parfaitement l’intensité émotionnelle que le film atteint en peu de temps. On est loin du pathos exagéré des grosses productions américaines avec leurs stars aux visages coincés et leurs violons pleurnichards. L’histoire, forte, dure, inexorable, nous est retracée en deux temps : histoire de la mère, histoire des deux enfants qui partent pour une quête des origines en Israël/Palestine. Ce pays où les drames se succèdent dans une logique de vengeance implacable et sanglante donne déjà l’idée de ce à quoi l’on peut s’attendre. J’ai peur de trop en dire, et en même temps de ne pas rendre justice à ce film qui aurait mérité une plus grande publicité. Les acteurs sont parfaits, et la caméra juste. Je n’ai pas pleuré, et pourtant certains moments sont si violents (et je parle d’une violence émotionnelle) que j’avais parfois besoin de mettre sur pause pour baisser les yeux et me demander dans quel monde on vit. Car la violence, la torture et l’inhumanité sont toujours d’actualité. Il pourrait sembler inutile de dire que la seconde guerre mondiale n’a pas le monopole de l’inhumanité et des massacres de grande ampleur, mais la désinformation et la propagande font que nous ignorons la moitié (et encore !) des horreurs qui ont lieu aujourd’hui. En peu d’images, en peu de mots, ce film nous réveille. Cette famille est brisée par un destin qu’elle n’a pas contrôlé et qui lui revient brutalement dans la figure. La mère est la martyre originelle, et les enfants subissent la pénitence d’une faute qu’ils héritent malgré eux. J’ai peur de trop en dire. Peut-être attendrais-je d’être certaine que mes deux Madame Maude et Colette l’aient vu pour continuer ma comparaison, mais je crois pouvoir dire immédiatement que le mythe et la violation du sacré sont au centre de ce film et lui donnent une ampleur à laquelle nous, spectateurs de films qui ont rarement cette ambition, n’avons pas l’habitude de nous confronter.